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DERMATOFIBROSARCOME de DARIER et FERRAND |
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M. Revol, J.M. Servant (mars
2007) |
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| Qu'est-ce que c'est ? |
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Le dermatofibrosarcome de Darier et Ferrand (ou DFS)
est une tumeur dermique à cellules fusiformes de malignité intermédiaire
caractérisée par une évolution lente avec un risque majeur de récidive en
cas d’exérèse insuffisante. Initialement décrite par Darier et Ferrand en
1924 sous le nom de dermatofibrome progressif et récidivant,
cette tumeur fibreuse cutanée est encore appelée dermatofibrosarcoma
protuberans par les Anglo-saxons.
[DARIER J,
FERRAND M. Dermatofibromes progressifs et récidivants ou fibrosarcomes de la
peau. Ann Dermatol Syph 1924 ; 5 :545-562] |
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De malignité intermédiaire, cette tumeur
n'est ni strictement maligne (elle ne métastase jamais), ni
strictement bénigne (elle
est caractérisée par sa tendance incroyable à la récidive si on ne l'enlève
pas correctement et largement). De récidive en récidive, elle peut
toutefois finir par se transformer en sarcome véritable, autrement
dangereux.
Son qualificatif de "récidivant" n'est lié
qu'à des exérèses initiales trop limitées ou insuffisantes. |
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Son pronostic est uniquement lié à la qualité de son exérèse chirurgicale.
Pour supprimer définitivement tout risque de récidive locale, il est
actuellement clairement établi que l'exérèse chirurgicale doit passer en
surface à 5 centimètres au moins des bords de la tumeur, et qu'elle doit
emporter en profondeur une barrière anatomique saine, non envahie. Le
pronostic dépend avant tout de la qualité de l'exérèse initiale, qui
suffit à guérir définitivement cette maladie. En cette matière,
l'expérience du laboratoire d'analyse histologique est tout aussi importante
que celle du chirurgien.
[E
ARNAUD, M PERRAULT, M REVOL, JM SERVANT, P BANZET.
Surgical
treatment of Dermatofibrosarcoma Protuberans. Plast Reconstr Surg
1997 ;100(4) : 884-995]
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| A quoi ca ressemble ? |
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L’évolution de
cette tumeur est toujours lente, si bien qu’il est souvent difficile de
fixer une date de début pour les patients.
Peu fréquente
(0,1% de l’ensemble des tumeurs), elle n’est cependant pas rare. Elle touche
les deux sexes, toutes les ethnies, et survient à tout âge avec deux pics de
fréquence, à 20 et à 40 ans.
Elle peut se
développer sur n'importe quelle zone du corps, visage et mains compris, mais
prédomine dans plus de la moitié des cas sur le tronc et les racines des
membres (surtout les épaules), ce qui est très caractéristique.
On retrouve dans
20% des cas une circonstance déclenchante avec un traumatisme (choc direct,
vaccin, brûlure, frottement vestimentaire, exérèse chirurgicale antérieure)
ou une anomalie cutanée congénitale préexistante.
La tumeur peut se présenter sous deux
aspects différents, qui ne sont jamais inquiétants en apparence :
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Soit comme une plaque fibreuse
rosée, légèrement surélevée, se confondant parfois avec une cicatrice
chéloïde. Cette plaque s’étend progressivement et des nodules surviennent.
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Soit comme un nodule dermique,
ferme, de coloration identique à la peau normale ou plus rosé, identique à
celui d’un histiocytofibrome bénin. Ce nodule peut parfois aussi être
sous-cutané. L’évolution de la lésion se caractérise par l’apparition de
nodules satellites en périphérie qui confluent pour réaliser un placard
multinodulaire. A ce stade le diagnostic est aisément suspecté. C’est au
stade initial que le diagnostic doit être fait pour offrir les meilleures
chances de guérison pour le patient. |
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| Comment affirmer le diagnostic ? |
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Seule l’analyse histologique
permet d’affirmer le diagnostic, à partir de l'exérèse-biopsie réalisée sur
les lésions de petite taille, ou de la biopsie partielle réalisée sur les
lésions plus volumineuses. L'expérience du laboratoire en ce domaine est
particulièrement importante, et une relecture des lames est souvent demandée
par sécurité.
L’examen histologique révèle une
prolifération tumorale mésenchymateuse à point de départ dermique avec des
éléments fusiformes d’aspect fibroblastique disposés en rayons de roue. Les
coulées tumorales infiltrent le derme et dissocient les lobules adipeux
hypodermiques en suivant les axes vasculaires. Cette infiltration le long
des axes vasculo-nerveux et des plans aponévrotiques se fait souvent bien
plus loin que ne le laisse supposer la clinique ou l’aspect macroscopique
pseudo-encapsulé de la tumeur, expliquant l’existence de nodules satellites
à distance du foyer tumoral princeps. L’absence d’anomalies nucléaires et
d’élévation de l’index mitotique différencie le Darier et Ferrand du
fibrosarcome.
L’immunohistochimie,
actuellement routinière, objective souvent un marquage positif à l’antigène
CD34 mais ce marqueur n’est pas spécifique.
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| D'où ca vient ? |
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| L’origine du
dermatofibrosarcome de Darier et Ferrand reste encore mystérieuse.
Une anomalie génétique
présente dans 95% des cas a toutefois été découverte en 1990, avec la mise
en évidence soit d’une translocation des chromosomes 17 et 22, soit de la
formation d’un anneau. Cela aboutit à la fusion des gênes COL1A1 et PDGFb
et à l’expression d’une protéine qui interagit avec le récepteur au PDGF (PDGFR).
Ce produit du gène de fusion joue un rôle d’oncogène. Un diagnostic
moléculaire est donc maintenant envisageable.
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| Que savons-nous sur son traitement ? |
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Seule
l'exérèse chirurgicale de la tumeur a fait jusqu'à présent la preuve
indiscutable de son efficacité. En raison de sa faible activité
mitotique, la tumeur n'est pas très radiosensible, et la radiothérapie
ne peut avoir qu'un faible rôle d'appoint éventuel en l'absence de
transformation sarcomateuse. La chimiothérapie n'est pas encore une
méthode thérapeutique efficace, bien qu'il existe toutefois actuellement
un certain espoir avec l'Imatinib (Glivec®). Cet inhibiteur
spécifique de la tyrosine kinase, qui a pour indication thérapeutique
principale la leucémie myéloïde chronique à chromosome Philadelphie
positif, est en effet potentiellement actif dans le DFS qui, dans 95% des
cas, est associé à une translocation spécifique entre les chromosomes 17
et 22. Cette translocation aboutit à la fusion de 2 gênes, dont celui du
facteur de croissance PDGFB qui est alors surexprimé et jouerait un rôle
oncogène. L'Imatinib inhibe le récepteur au PDGFB. Plusieurs études
cliniques sur le rôle néo-adjuvant de cette molécule sont en cours depuis
quelques années à ce sujet, aux EU et en France, et pourraient
éventuellement aboutir à une réduction systématique des marges d'exérèse
chirurgicale. Mais ce n'est pour l'instant qu'un espoir. |
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On sait que pour supprimer définitivement tout risque de
récidive locale, il est actuellement clairement établi que l'exérèse
chirurgicale doit passer en surface à 5 centimètres au moins des bords de
la tumeur, et qu'elle doit emporter en profondeur une barrière anatomique
saine, non envahie. |
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En réalité, la marge optimum d'exérèse chirurgicale du DFS n'est pas
vraiment connue. Il est certainement possible de guérir définitivement
certains patients avec une marge de 3 cm, mais il est aussi possible
qu'une récidive survienne chez d'autres patients malgré une marge
d'exérèse de 5 cm. Une des inconnues du problème est qu'on ne connaît
malheureusement pas encore avec précision tous les facteurs de risque de
récidive. Parmi ces facteurs de risque, la notion de récidives antérieures
figure toutefois en première place. Si la tumeur a déjà récidivé, le
potentiel de récidive de cette tumeur secondaire ou tertiaire semble très
nettement augmenté par rapport à une tumeur primaire, non encore traitée.
Toutes choses étant égales par ailleurs, la marge d'exérèse est le
deuxième facteur de risque de récidive déterminant. L'analyse de la
littérature montre globalement un taux de récidive tumorale qui diminue
lorsque la marge d'exérèse chirurgicale augmente. On peut ainsi retenir
les ordres de grandeur approximatifs suivants : 20% de récidives entre 2
et 3 cm de marge, 15% entre 3 et 4 cm, 8% entre 4 et 5 cm. Or ces
récidives cliniques correspondent en fait à des exérèses initiales
histologiquement incomplètes. A cet égard, le travail qu'Olivier Verola
avait communiqué en 2003 au congrès de la Société Française de
Dermatologie est tout à fait remarquable. En voici l'essentiel.
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Pendant 6 ans, entre 1997 et 2002, il s'était systématiquement
astreint à l'étude approfondie des marges histologiques de 80 pièces
d'exérèse chirurgicale de DFS de l'hôpital Saint-Louis de Paris. Pour
chacune, il ne s'était pas contenté d'étudier les berges des pièces,
mais il avait réalisé de multiples prélèvements étagés
systématiquement depuis le centre tumoral jusqu'à la périphérie de la
pièce d'exérèse, et cela dans toutes les directions du plan, selon un
protocole géométrique rigoureusement défini ayant pour but une
cartographie tri-dimensionnelle de la tumeur dans la pièce d'exérèse.
Sur ces 80 pièces, il avait trouvé dans 63 cas (79%) qu'il n'y avait
pas de foyer à distance du centre tumoral; mais dans 17 cas (21%),
qu'il existait des foyers tumoraux histologiques à plus de 2 cm de la
tumeur clinique. Ces 17 cas correspondaient à 15 tumeurs primaires et
à 2 tumeurs récidivées. Sur les pièces fixées de ces 17 cas, il avait
mesuré la distance qui séparait les foyers tumoraux histologiques des
bords visibles et palpables de la tumeur clinique. Il avait trouvé
qu'à une distance comprise entre 2 et 3 cm de cette tumeur clinique il
existait des foyers histologiques dans 13 cas (16%); entre 3 et 4 cm
il en existait dans 10 cas (12,5%) ; et entre 4 et 5 cm il en existait
dans 1 cas. Le total des cas dépasse 17 car il y avait plusieurs
foyers à distance pour certaines pièces : 4 cas multiples entre 2 et 3
cm, et 2 cas multiples entre 3 et 4 cm. En rappelant qu'il s'agissait
de pièces fixées, donc rétractées de façon notable (environ 2 cm pour
10 cm de diamètre initial), il est très probable que les foyers
histologiques retrouvés à 3 cm de la tumeur clinique étaient en fait
plutôt proches de 4 cm. Enfin, il avait montré que l'extension
tumorale histologique tendait à se faire vers l'hypoderme, et de façon
très asymétrique : la tumeur "clinique" (c'est-à-dire cliniquement
décelable) envoie des sortes de pseudopodes histologiques sur
plusieurs centimètres de long dans certaines directions, par nature
invisibles à l'œil nu, et impalpables. Si on coupe un pseudopode à 3
cm de la tumeur centrale, il est très possible que le caractère
histologiquement incomplet de l'exérèse passe inaperçu car ponctuel.
Les anatomopathologistes n'étudient en effet jamais vraiment la
totalité des berges des pièces…
Cette étude d'Olivier Verola montre très clairement que dans 80% des
cas environ, il est parfaitement possible de guérir un patient avec des
marges cliniques d'exérèse réduites puisque la tumeur n'a pas de
foyers histologiques à distance et reste à peu près "circulaire" au centre
de la pièce. Mais aussi que dans 20% des cas environ, on ne peut
espérer réduire le risque d'exérèse histologiquement incomplète (donc de
récidive clinique) qu'au prix d'une augmentation des marges d'exérèse.
Plus les marges sont grandes, plus le risque de récidive diminue, pour
devenir très faible à partir de 5 cm. "Très faible", mais non nul.
Malheureusement, il est impossible devant un patient de deviner à
l'avance dans quel cas on se trouve sur ce schéma de 80/20, et
la règle "aveugle" des 5 cm de
marge permet simplement de se donner le maximum de chances statistiques
d'enlever entièrement l'éventuel pseudopode histologique et de guérir le
patient s'il se trouvait dans les 20% de cas qui en comportaient.
Cette règle doit donc être
appliquée partout où elle est possible sans mutilation insupportable,
c'est-à-dire partout en dehors des zones péri-orificielles (visage,
périnée), des seins et des extrémités. Que la marge soit de 5 ou
de 3 cm ne modifie alors pas vraiment les problèmes de la reconstruction
chirurgicale, qui sont simples. Dans ces conditions, autant apporter la
sécurité maximum au patient et passer à 5 cm plutôt qu'à 3 cm.
En revanche, lorsque
l'application de la règle des 5 cm risque d'aboutir à une mutilation du
visage, des seins ou des extrémités, il faut la remettre en question et
réduire les marges d'exérèse en fonction des conditions anatomiques,
pour éviter par exemple d'enlever les deux paupières.
Dans tous les cas,
ce
qui est fondamental, ce n'est pas la marge d'exérèse clinique, mais la
marge histologique. L'essentiel n'est pas de passer à 3, 4, ou 5 cm
de ce qu'on voit à l'œil nu et de ce qu'on palpe, mais à environ 1 ou 2 cm
de la dernière cellule tumorale visible sur les coupes histologiques.
Et cela dans toutes les directions du plan de la peau. "Du plan de la
peau" et non pas "de l'espace", car la notion empirique de barrière
anatomique saine en profondeur n'est plus remise en question actuellement.
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| QUE FAIRE EN PRATIQUE ? |
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 | Si la tumeur présente un
certain volume, nous proposons au patient un traitement par GLIVEC®
dans le cadre d'un protocole de recherche multicentrique conduit par les
services de dermatologie de l'hôpital Saint-Louis . Si le patient l'accepte, le
traitement dure environ 3 mois et permet d'évaluer la régression de la
tumeur. La marge d'exérèse chirurgicale de la tumeur est alors de 3 cm. |
 | Si la tumeur est petite, ou si
le patient refuse le protocole précédent, la chirurgie est réalisée
d'emblée, avec une marge de principe de 5 cm. Comme on vient de le voir,
cette marge peut toutefois être réduite en fonction du siège de la tumeur
(visage, mains, seins) pour éviter des mutilations graves. En fait, chaque
cas est particulier, et le traitement est toujours adapté à chacun.
La tendance actuelle, qui
nécessite toutefois sur un travail considérable du laboratoire d'analyse
histologique, est de réduire les marges d'exérèse à 2 cm chaque fois que
cela est possible : voir à ce sujet la
thèse de
Corinne PACHET. |
 | Mais tous les cas, et sauf
exceptions, la réparation de la perte de substance laissée par l'exérèse
chirurgicale n'est pas faite d'emblée. Nous attendons toujours le
résultat de l'analyse histologique de la pièce d'exérèse, afin d'être
absolument certains que cette exérèse est largement complète. Si ce n'est
pas le cas, une reprise chirurgicale est faite jusqu'à ce qu'on obtienne
cette certitude. Un certain délai s'écoule donc entre le moment où la
tumeur est enlevée et celui où la perte de substance est refermée. Pendant
ce temps, les pansements sont faits par une infirmière à domicile. Ils
n'empêchent jamais de prendre des douches, qui sont toujours recommandées. |
 | La réparation de la perte de
substance peut alors avoir lieu, qui utilise toutes les ressources
possibles de la chirurgie plastique, depuis la suture et la greffe de peau jusqu'aux
lambeaux plus ou moins complexes selon les cas. |
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Pour en savoir plus :
 | Pour les anglophones désireux de
se renseigner sur
Medline,
la traduction de « dermatofibrosarcome de Darier et Ferrand »
est « Dermatofibrosarcoma protuberans ».
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Contact :
webmaster@hopitalsaintlouis.org
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